Le voyage des étudiants de l’école de journalisme de Sciences Po au Maroc

Mariée de force au Maroc, comment dire non ?

décembre 17, 2007 · 2 commentaires

Najat Ikich est la présidente de la Fondation YTTO, organisation non gouvernementale de lutte contre les violences faites aux femmes. Elle revient sur la persistance du phénomène de mariage forcé au Maroc et sur son partenariat avec les associations française.
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1. Adoptée en 2004, la réforme du code de la famille, la moudawana, rend obligatoire le consentement de la jeune femme lors de son mariage. Dès lors, comment expliquer la persistance du phénomène du mariage forcé Maroc ?

Dans la théorie, il y a les textes de lois. Lorsqu’il s’agit de les faire appliquer, c’est différent. Au Maroc, les mentalités n’ont pas évolué aussi vite que le cadre juridique. Le nombre de mariage forcé a diminué mais la société reste profondément patriarcale. J’ai rencontré en France et en Espagne, des jeunes filles de 13 ans qui avait été mariés de force au Maroc après l’entrée en vigueur du nouveau code.
C’est tout un combat qu’il nous faut mener pour changer le regard qui est posé sur la femme dans une société qui a été habitué à la considérer comme « une mineure juridique ». Le conservatisme des juges, trop souvent réticents à appliquer la nouvelle moudawana, est également un frein à son application. Les juges tentent d’utiliser la liberté d’interprétation que leur accorde le texte pour mieux le contourner.

2. Concrètement, que peut faire l’association quand une française d’origine marocaine est ramenée au Maroc pour un mariage forcé ?

Si la jeune fille est toujours en France et a peur d’être marié de force pendant les vacances au pays, on la dissuade d’accompagner sa famille et on la met en contact avec des associations françaises. On lui recommande de garder ses papiers d’identité et de mettre des photocopies en lieu sûr.
Si la jeune femme vient d’être mariée de force au Maroc, nous intervenons pour la protéger et la mettre hors de la famille de son époux. Pour le moment c’est encore difficile, mais des centres d’hébergements pour accueillir ces jeunes filles devraient prochainement être mis en place par le gouvernement. Notre objectif est cependant de tout faire pour que ces filles puissent rentrer en France le plus vite possible. Nous entrons alors en contact avec l’Ambassade ou le Consulat du pays d’origine. Ce n’est pas toujours évident car les administrations nous demandent souvent de mener l’enquête pour obtenir les preuves que la jeune fille a bien résidée en France sur une longue durée. Il faut alors récolter les témoignages des gens qui la connaissaient, des commerces où elle allait pour monter un dossier, qui au final peut être rejeté. C’est un travail de longue haleine. Il y a quatre ans, nous avons eu le cas d’une jeune fille dont la procédure a duré deux ans.

3. Comment traite-t-on des affaires aussi délicates ?

On essaye toujours de se mettre à la place de la jeune fille. Parce que vivre en en France pendant des années et se voir du jour au lendemain projetée dans une culture qu’on ne connaît pas, c’est très douloureux. Les conséquences traumatiques sont très lourdes. Il faut se mettre dans la peau de cette fille pour pouvoir résoudre son problème et l’aider à assumer son refus du mariage forcé face à sa famille car même si sa famille lui a fait du mal, il reste très difficile de rompre le lien. Ce n’est qu’en dialoguant avec elle qu’on pourra l’aider à surmonter la rupture avec la famille.

4. Quelles sont les raisons qui poussent des familles installés en France depuis longtemps avec leurs enfants à agir ainsi avec leurs filles ?
Les familles marocaines en France agissent ainsi parce qu’elles ressentent un mal-être. Elles se raccrochent à une culture d’origine qu’elles ont peur de voir disparaître. Les populations immigrées restent figées sur une conception traditionnelle du mariage forcé alors que même dans le pays d’origine la législation évolue.
Il y a également la montée de l’extrémisme religieux avec des familles qui se font endoctrinées dans certaines mosquées de quartiers. Les associations en France doivent travailler sur la sensibilisation et l’encadrement de ces familles, notamment avec les mères en les rendant solidaires de leurs filles car c’est trop souvent elles qui initient les mariages.

Propos recueilli par Loraine CANAYER


Catégories : Société
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2 réponses jusqu'à présent ↓

  • meriem // août 1, 2008 à 9:00 | Répondre

    cette femme est une perle
    c’est ma président ma mére ma copine !
    J’ai fais deux caravane avec elle et encore d’autres caravanes…
    des soirées passées ensemble

    elle est …

    Des femmes comme elle c’est rare!!

    Merci pour tout Najat

    Meriem (clowm-Dj)

  • Tiznit // août 30, 2009 à 4:56 | Répondre

    merci pour l’article

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