Corruption au Maroc/ Interview d’Azzedine Akesbi de Transparency Maroc.
Pour le Secrétaire de Transparency Maroc, Azzedine Akesbi, la lutte contre la corruption passe par une réforme de la justice.
Quelle est la situation du Royaume aujourdhui en matière de corruption ?
Le Maroc connaît, comme beaucoup de pays de la région, une corruption endémique dans tous les secteurs. La situation sest beaucoup dégradée depuis 1999, année où lIndice de la perception de la corruption a été crée pour noter les pays. Le Maroc a alors obtenu une note de 4,2 sur 10 (le niveau de transparence et d’intégrité se situe autour de 8 ou 9), tombé à 3,2 en 2006. On enregistre cependant une légère amélioration aujourdhui. Avec un indice de 3,5 en 2007, le Maroc est passé de la 78ème place dans le monde à la 72eme. En 2006, 60% des chefs de ménages déclarent néanmoins avoir dû payer un bakchich une fois dans les douze mois écoulés.
Comment se traduit concrètement la corruption?
A tous les niveaux. A lhôpital par exemple, le certificat dindigence donne aux populations pauvres le droit à des prestations gratuites. En pratique, elles doivent souvent payer des intermédiaires pour en bénéficier. Cest la
même chose dans le secteur de la justice, bien quil existe des juges intègres. Des avocats de Tétouan ont été sanctionnés pour avoir dénoncé ces pratiques. Cest dautant plus problématique que la justice constitue le dernier recours des citoyens. Dans la mesure où les Marocains ne voient pas de changement concret et sont obligés de payer, sur la route ou aux guichets de l’administration, ils pensent ne pouvoir sen sortir quen se pliant à la règle
du bakchich.
Que fait le gouvernement pour lutter contre ce phénomène ?
Le pouvoir a reconnu le problème mais tarde à agir. Lors des élections législatives de septembre, presque tous les partis politiques ont reconnu l’existence dune corruption par largent et ont intégré dans leurs programmes
des mesures pour la combattre. Nous attendons que ce consensus se traduise par une politique effective des autorités . En juillet 2007, Transparency a salué l’adoption par le Maroc dun texte pour la création dune instance centrale de
prévention de la corruption. Elle devait être installée fin juillet. Nous l’attendons toujours.
Quelles sont les recommandations de Transparency Maroc ?
La réforme de la justice est primordiale. Afin de garantir son indépendance et son efficacité, lEtat doit renoncer à exercer un contrôle sur la justice et lui donner plus de moyens, notamment pour faire appliquer la loi. Il faut, en
outre, en finir acec limpunité et rendre effectives les institutions de contrôle : la Cour des Comptes, lInspection générale des finances. Ces institutions font peut-être de bons rapports, mais ils restent sans suite. Ce
ne sont pas les propositions qui manquent, mais la volonté de les mettre en oeuvre.
Transparency International se présente comme la « principale organisation de la société civile qui se consacre à la lutte contre la corruption ». Créée en 1993par Peter Eigen, ancien Directeur de la Banque Mondiale, elle
est aujourdhui présente dans plus de 90 pays. Transparency International élabore à la fois un Indice de Perception de la Corruption (IPC) ainsi que des recommandations pour la combattre. Née en 1996, Transparency Maroc collabore
avec l’ONG internationale mais dispose dune structure autonome. Son siège se trouve à Casablanca. Elle a été reconnue officiellement en 2004 par les autorités marocaines.
Propos recueillis par Jérôme Lefilliâtre et Amira Souilem. (Interview parue dans l’Express International du 3 au 9 janvier 2008.)



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