Le voyage des étudiants de l’école de journalisme de Sciences Po au Maroc

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« En finir avec l’’impunité »

janvier 20, 2008 · Pas de commentaire

Corruption au Maroc/ Interview d’Azzedine Akesbi de Transparency Maroc.

Pour le Secrétaire de Transparency Maroc, Azzedine Akesbi, la lutte contre la corruption passe par une réforme de la justice.

Quelle est la situation du Royaume aujourd’hui en matière de corruption ?

Le Maroc connaît, comme beaucoup de pays de la région, une corruption endémique dans tous les secteurs. La situation s’est beaucoup dégradée depuis 1999, année où l’Indice de la perception de la corruption a été crée pour noter les pays. Le Maroc a alors obtenu une note de 4,2 sur 10 (le niveau de transparence et d’’intégrité se situe autour de 8 ou 9), tombé à 3,2 en 2006. On enregistre cependant une légère amélioration aujourd’hui. Avec un indice de 3,5 en 2007, le Maroc est passé de la 78ème place dans le monde à la 72eme. En 2006, 60% des chefs de ménages déclarent néanmoins avoir dû payer un bakchich une fois dans les douze mois écoulés.

Comment se traduit concrètement la corruption?


A tous les niveaux. A l’hôpital par exemple, le certificat d’indigence donne aux populations pauvres le droit à des prestations gratuites. En pratique, elles doivent souvent payer des intermédiaires pour en bénéficier. C’est la
même chose dans le secteur de la justice, bien qu’il existe des juges intègres. Des avocats de Tétouan ont été sanctionnés pour avoir dénoncé ces pratiques. C’est d’autant plus problématique que la justice constitue le dernier recours des citoyens. Dans la mesure où les Marocains ne voient pas de changement concret et sont obligés de payer, sur la route ou aux guichets de l’’administration, ils pensent ne pouvoir s’en sortir qu’en se pliant à la règle
du bakchich.

Que fait le gouvernement pour lutter contre ce phénomène ?


Le pouvoir a reconnu le problème mais tarde à agir. Lors des élections législatives de septembre, presque tous les partis politiques ont reconnu l’’existence d’une corruption par l’argent et ont intégré dans leurs programmes
des mesures pour la combattre. Nous attendons que ce consensus se traduise par une politique effective des autorités . En juillet 2007, Transparency a salué l’’adoption par le Maroc d’un texte pour la création d’une instance centrale de
prévention de la corruption. Elle devait être installée fin juillet. Nous l’’attendons toujours.

Quelles sont les recommandations de Transparency Maroc ?


La réforme de la justice est primordiale. Afin de garantir son indépendance et son efficacité, l’Etat doit renoncer à exercer un contrôle sur la justice et lui donner plus de moyens, notamment pour faire appliquer la loi. Il faut, en
outre, en finir acec l’impunité et rendre effectives les institutions de contrôle : la Cour des Comptes, l’Inspection générale des finances. Ces institutions font peut-être de bons rapports, mais ils restent sans suite. Ce
ne sont pas les propositions qui manquent, mais la volonté de les mettre en oeuvre.


Transparency International se présente comme la « principale organisation de la société civile qui se consacre à la lutte contre la corruption ». Créée en 1993par Peter Eigen, ancien Directeur de la Banque Mondiale, elle
est aujourd’hui présente dans plus de 90 pays. Transparency International élabore à la fois un Indice de Perception de la Corruption (IPC) ainsi que des recommandations pour la combattre. Née en 1996, Transparency Maroc collabore
avec l’’ONG internationale mais dispose d’une structure autonome. Son siège se trouve à Casablanca. Elle a été reconnue officiellement en 2004 par les autorités marocaines.

Propos recueillis par Jérôme Lefilliâtre et Amira Souilem. (Interview parue dans l’’Express International du 3 au 9 janvier 2008.)

Catégories : L'Express · Société
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« Faire appliquer la Moudawana dans les zones rurales ? Le combat commence seulement maintenant! »

janvier 17, 2008 · Pas de commentaire

Foulard islamique correctement noué sur la tête, Laïcha détourne le regard, probablement effrayée par tous ces yeux braqués sur elle. Qu’a-t-elle de particulier cette petite femme d’une cinquantaine d’année au visage ridée et aux mains abîmées par le travail de la terre pour susciter un tel intérêt? C’est probablement sa détermination lorsqu’elle prend la parole en « chleu », dialecte berbère de la région de Tidilli dans le Haut-Atlas pour raconter le combat des femmes du douar d’Agni Ouâazize. Dans cette salle d’un hôtel cossu de Casablanca, elle témoigne de la souffrance endurée par ces femmes qui ont eu l’audace de s’opposer à une décision du Président de la commune rurale. Alors que l’électricité s’installe  progressivement dans les douars de la région, ce puissant adoul (notable) local se jure que « son douar ne changerait pas tant qu’il serait en vie ». Est-ce une manière de se raccrocher au Maroc qui lui échappe ? Pour ces femmes qui travaillent toute la journée dans les champs et qui subissent les rudesses de la vie dans ces zones marginalisées où l’hôpital le plus proche est à 96 kilomètres, ce refus est une « injustice ». Soutenues par les hommes du village, les femmes se sont donc rassemblées pour protester devant la maison du Président de la commune. Obéissant aux ordres de ce dernier, les gendarmes les auraient alors frappés violemment pour les disperser. Epaulées par la Fondation YTTO qui lutte contre les violences faite aux femmes, Laïcha et les autres, sûres d’être dans leur droit, sont allés porter plainte à la préfecture de Ouarzazate. Les mois passent et rien n’avance. Pour Laïcha, c’est certain la corruption a marché à plein régime et « le  Président de la commune a tout le monde dans sa poche ». Les juges et les acteurs institutionnels semblent en effet sourds aux appels des femmes d’Agni Ouâazize. A croire que leurs droits à elles n’existent pas.
Cette situation Najat Ikhich, présidente de la Fondation YTTO, ne peut l’accepter. Touchée par la souffrance de ces femmes rencontrées à l’occasion de la deuxième édition de la caravane de l’Atlas qui a pour but la sensibilisation des populations rurales au droit des femmes, elle s’est empressée de lancer un appel pour que d’autres associations et « surtout la presse française en internationale » fassent pression sur gouvernement. « La situation des femmes d’Agni Ouâazize témoigne de la  résistance des mentalités marocaines face à l’émancipation de la femme. La réforme du code de la famille en 2004 a fait avancer les choses, mais aujourd’hui les droits des femmes sont encore bafoués » estime Najat Ikhich. Alors, à qui la faute ? Si le « conservatisme des juges » et « la corruption des adouls » sont souvent évoqués par les acteurs associatifs, ce sont avant tout les mentalités d’une société patriarcale qui doivent évoluer. En dépit des nombreux cas qui, comme celui des femmes d’Agni Ouâazize, resteront peut-être lettre morte, Najat Ikhich a choisi d’y croire. « Il faut continuer les efforts », affirme la militante déterminée. « Ce n’est que maintenant que nous avons les moyens juridiques de lutter contre les discriminations que nous pouvons vraiment démarrer le combat ! ».

Loraine CANAYER

Catégories : Politique · Société
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Femmes journalistes au Maroc

janvier 17, 2008 · Un commentaire

Catégories : Médias
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La thérapie par la beauté à Casablanca

janvier 15, 2008 · Pas de commentaire

Un samedi après-midi du mois d’octobre, une femme arrive au salon de beauté du quartier de Mers Sultan, à Casablanca. Les cheveux blonds décolorés et la mine sombre. Dodue, mal fagotée, enveloppée dans une djellaba kaki, elle cache mal son mal être, on se dit qu’aucune des employée du salon ne peut rien pour elle.
Savitri, la patronne indienne du salon, la confie à un de ses coiffeurs. Le regard de la cliente en dit long sur ses espoirs. Le sort de ses cheveux est désormais entre ses mains…Shampoing, soin, brushing au programme…
Pendant ce temps, Savitri s’affaire et motive ses troupes. Drapée d’un sari rose et orange, Savitri, restée très coquette, parle un marocain et un français parfait. Une maîtrise des langues qui la rend encore plus charismatique. Tour à tour reine de la ruche et chef d’orchestre, elle donne le la dans le salon. Les « Fatiiiima ! » qu’elle lance à tout va pour que son employée lui apporte un crayon noir, une barette ou une pince à sourcil rythment la vie du salon. La Fatima en question s’exécute avec un air qui trahit à la fois beaucoup de respect mais aussi une certaine peur de sa patronne.
Savitri qui dirige ses employés avec fermeté et bienveillance confie qu’il n’est pas toujours facile de travailler avec des Marocaines, souvent lentes et derrière lesquelles il faut toujours être. Mais pour rien au monde Savitri ne quitterait le Royaume. Cette ancienne employée de L’Oréal qui a vécu tour à tout en Espagne, en France et en Inde a élu domicile depuis plus de 50 ans au Maroc où elle a fait un mariage d’amour. Ni la lenteur de ses employées, ni les tracasseries administratives, ni le retard terrible que prennent les travaux de rénovation de son salon n’ont réussi à lui faire baisser les bras. Savitri se fait une raison : « être une femme, immigrée et qui travaille au Maroc, pas facile tous les jours »…
Au Sonibel’s center, pas d’horloge, pas de carnet de rendez-vous, pas de téléphone qui hurle. Pas de publicité pour un ultime produit miracle au mur. On attend son tour, ou pas. Et personne ne bronche. On est là pour prendre son temps… Savitri suspend le temps et nous propulse des années en arrière en nous relatant les débuts et les moments de gloire de sa carrière. La « petite Indienne », comme elle aime appeler la jeune fille qu’elle fut, a fait parler d’elle jusqu’à recevoir un jour un appel du Palais royal l’exhortant à venir transformer, de ses mains magiques, une des filles de Hassan II. Consécration suprême pour Savitri, la princesse souvent dédaigneuse vis-à-vis des esthéticiennes, coiffeuses et maquilleuse, reconnut son art et l’adopta.
La femme aux cheveux ternes du début interrompt les souvenirs de l’Indienne marocaine. Elle est transformée. Aussi bien psychologiquement que physiquement… Sa nouvelle coupe et la souplesse retrouvée de sa chevelure font d’elle une nouvelle femme. Son visage affiche un sourire radieux, ses yeux brillent du bonheur retrouvé et inestimable de se trouver belle. Elle tient à remercier Savitri. Elle lui déverse un flot de compliments ininterrompu avec un accent qui rappelle étrangement celui de Gad Al Maleh… Sa joie est contagieuse… La thérapie par la beauté, on adhère complètement !

Sonibel’ Center
23 rue Houdoud
Casablanca
Tel : 022 49 18 98
Mail : Sonibel27@yahoo.fr

Catégories : Société
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Ahmed Benchemsi, fils spirituel de Servan Schreiber

décembre 25, 2007 · Pas de commentaire

Un jeune homme mince et de petite taille s’agite dans la salle de rédaction des hebdomadaires marocains Tel Quel (francophone, 22 000 exemplaires) et Nichane (arabophone, 20 000 exemplaires), située à deux pas de l’Ancienne Médina, à Casablanca. Ahmed Benchemsi, énergique directeur de rédaction et de publication, l’œil rieur et la mine complice, arbore un air juvénile qui ne laisse rien paraître de ses trente-trois ans.

Pourtant, le journaliste n’a rien d’un débutant. La naissance de Tel Quel en 2001 a installé Ahmed Benchemsi parmi la génération montante des journalistes indépendants et entreprenants de l’ère Mohammed VI. Comme la plupart de ses confrères, il est arrivé au journalisme « par accident », à force de croiser les rédacteurs d’un magazine dans l’immeuble où il travaillait comme publicitaire. Et a su s’engager dans la voie qui s’ouvrait avec le décès d’Hassan II, en 1999, après quatre décennies de répression des libertés. « A cette époque, je réfléchissais à émigrer aux Etats-Unis, tant mes perspectives de carrière paraissaient bouchées. La mort d’Hassan II m’a fait l’effet d’un verrou qui saute. L’évidence était que je reste au Maroc ».

Etudiant, Ahmed Benchemsi avait déjà pris la tangente. A l’image de la ville qui l’a vu grandir, Casablanca, capitale économique du pays, Ahmed Benchemsi ne tient pas en place et part en France suivre une maîtrise d’économie à la Sorbonne. Quelques années plus tard, après un bref retour au pays pour affiner sa plume dans un magazine culturel, expérience qui ne le convainc qu’à moitié, il retourne à Paris s’inscrire en troisième cycle à Sciences Po. Ses études contribuent à affûter son sens critique et sa « passion » pour la politique. Désormais, c’est certain, en tant qu’observateur, c’est la chose publique qui l’anime.

Sa rencontre au milieu des années 1990 avec Jean-Louis Servan Schreiber sera à cet égard déterminante. Le célèbre patron de presse français souhaite diversifier son activité et s’investir dans un journal marocain à forte tonalité politique et économique. La Vie économique est le défi jeté par Servan Schreiber, qui veut faire de ce quotidien indépendant une référence dans le paysage médiatique marocain. En contribuant à lancer Ahmed Benchemsi, il lui transmet la rigueur dans le traitement journalistique mais également l’esprit d’innovation, le goût pour l’entreprise. « La Vie économique a été mon école de journalisme, et Servan Schreiber mon gourou, mon maître à penser. C’est un véritable visionnaire pour qui j’ai un respect infini » confesse Ahmed Benchemsi.

A la manière du fondateur de L’Expansion, Ahmed Benchemsi, n’a de cesse de vouloir révolutionner la presse marocaine, inventer de nouveaux formats. Après six mois de démarchages auprès d’investisseurs privés pour réunir le capital, auquel participe Jean-Louis Servan Schreiber, il lance Tel Quel, important au Maroc le concept du newsmagazine à l’occidentale. « Benchemsi est plus un patron de presse qu’un journaliste, et par ailleurs un très bon éditorialiste », dit de lui une ancienne rédactrice de Libération spécialiste du Maghreb qui a noué avec lui d’excellents rapports professionnels. Un « patron de choc », qui dirige de main de maître son équipe de rédaction, décide vite, prend des initiatives, n’a pas peur de trancher. « C’est lui le chef ! Quand vous voulez savoir quelque chose sur Tel Quel, c’est lui que vous voyez, et lui seul », raconte la journaliste qui eut l’idée d’un numéro spécial de Libération en collaboration avec l’hebdomadaire lors des élections législatives marocaines en septembre dernier.

Au sein de la rédaction, Ahmed Benchemsi suscite l’admiration. « C’est un grand professionnel, enthousiaste et passionné, qui assume ses choix », juge Sanaa El Aji, journaliste à Nichane, équivalent arabophone de Tel Quel créé en 2006 suite au succès de l’équipe francophone. Elle tient également à rappeler l’attitude de son directeur alors qu’elle était poursuivie par la justice après avoir signé un dossier sur les blagues prisées des Marocains se moquant de la monarchie et de l’islam. « En plus de gérer les aspects juridiques, Ahmed a été très présent sur le plan amical. C’est la personne qui m’a le plus soutenue. Il m’appelait chaque fois que je craquais. Je lui en serai toujours reconnaissante ».

Les procès, Ahmed Benchemsi connaît. Même si Mohammed VI a considérablement libéralisé le régime et étendu la liberté d’expression, certains sujets, à commencer par la monarchie, restent sensibles et sujets à poursuites. Plusieurs fois condamné, le journaliste continue cependant à contourner les codes, tester les limites. « Les lignes rouges sont aujourd’hui beaucoup plus floues que sous Hassan II. C’est une règle : les dictatures sont toujours plus claires que les régimes en transition ! Alors, il faut tenter et voir si ça passe ». C’est ainsi que Tel Quel a pu sans encombre enquêter sur le salaire du roi, alors que ce dernier n’a pas supporté qu’Ahmed Benchemsi emploie l’arabe dialectal pour s’adresser à lui dans un éditorial de Nichane publié l’été dernier. Poursuivi pour « manquement au respect dû à la personne du roi », Ahmed Benchemsi risque aujourd’hui jusqu’à cinq ans de prison. Son procès, sans cesse repoussé, ne semble pas l’affoler. « Cette affaire est une blague ! Ma dernière audience a duré trente secondes. Je ne crois pas être mis en prison, ce serait mauvais pour l’image du Maroc et de la monarchie ».

Pour autant, Ahmed Benchemsi refuse de se poser en opposant systématique au régime. « Ce n’est pas un militant. C’est un immense pragmatique, un vrai libéral qui avance dans l’espace qu’il a, jamais de façon frontale ni violente. En cela, il est emblématique du Maroc, pays de la modération », explique sa consoeur de Libération. C’est donc tout naturellement qu’Ahmed Benchemsi nourrit l’ambition de décrire chaque semaine « le Maroc tel qu’il est », leitmotiv de Tel Quel. « Je veux rendre compte de l’évolution rapide de mon pays, de ses contradictions, ce qui suppose de sortir du manichéisme. Je ne vis pas Tel Quel et Nichane comme des contre-pouvoirs mais comme des révélateurs de la société marocaine ». Sanaa El Aji confirme : « Il refuse tout populisme, prend beaucoup de recul et pèse toujours les pour et les contre ».

Star dans son journal, véritable boule de nerf, jeune patron à succès, Ahmed Benchemsi, a parfois le défaut d’être un peu trop sûr de lui. « Il a un côté « j’écoute pas beaucoup », souvent persuadé d’avoir raison. Bref, il se prend pour Ahmed Benchemsi ! », s’amuse la journaliste française. « La filiation spirituelle avec Servan Schreiber n’est certainement pas anodine… ».

Baptiste Etchegaray

Catégories : Médias
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Mariée de force au Maroc, comment dire non ?

décembre 17, 2007 · Un commentaire

Najat Ikich est la présidente de la Fondation YTTO, organisation non gouvernementale de lutte contre les violences faites aux femmes. Elle revient sur la persistance du phénomène de mariage forcé au Maroc et sur son partenariat avec les associations française.
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1. Adoptée en 2004, la réforme du code de la famille, la moudawana, rend obligatoire le consentement de la jeune femme lors de son mariage. Dès lors, comment expliquer la persistance du phénomène du mariage forcé Maroc ?

Dans la théorie, il y a les textes de lois. Lorsqu’il s’agit de les faire appliquer, c’est différent. Au Maroc, les mentalités n’ont pas évolué aussi vite que le cadre juridique. Le nombre de mariage forcé a diminué mais la société reste profondément patriarcale. J’ai rencontré en France et en Espagne, des jeunes filles de 13 ans qui avait été mariés de force au Maroc après l’entrée en vigueur du nouveau code.
C’est tout un combat qu’il nous faut mener pour changer le regard qui est posé sur la femme dans une société qui a été habitué à la considérer comme « une mineure juridique ». Le conservatisme des juges, trop souvent réticents à appliquer la nouvelle moudawana, est également un frein à son application. Les juges tentent d’utiliser la liberté d’interprétation que leur accorde le texte pour mieux le contourner.

2. Concrètement, que peut faire l’association quand une française d’origine marocaine est ramenée au Maroc pour un mariage forcé ?

Si la jeune fille est toujours en France et a peur d’être marié de force pendant les vacances au pays, on la dissuade d’accompagner sa famille et on la met en contact avec des associations françaises. On lui recommande de garder ses papiers d’identité et de mettre des photocopies en lieu sûr.
Si la jeune femme vient d’être mariée de force au Maroc, nous intervenons pour la protéger et la mettre hors de la famille de son époux. Pour le moment c’est encore difficile, mais des centres d’hébergements pour accueillir ces jeunes filles devraient prochainement être mis en place par le gouvernement. Notre objectif est cependant de tout faire pour que ces filles puissent rentrer en France le plus vite possible. Nous entrons alors en contact avec l’Ambassade ou le Consulat du pays d’origine. Ce n’est pas toujours évident car les administrations nous demandent souvent de mener l’enquête pour obtenir les preuves que la jeune fille a bien résidée en France sur une longue durée. Il faut alors récolter les témoignages des gens qui la connaissaient, des commerces où elle allait pour monter un dossier, qui au final peut être rejeté. C’est un travail de longue haleine. Il y a quatre ans, nous avons eu le cas d’une jeune fille dont la procédure a duré deux ans.

3. Comment traite-t-on des affaires aussi délicates ?

On essaye toujours de se mettre à la place de la jeune fille. Parce que vivre en en France pendant des années et se voir du jour au lendemain projetée dans une culture qu’on ne connaît pas, c’est très douloureux. Les conséquences traumatiques sont très lourdes. Il faut se mettre dans la peau de cette fille pour pouvoir résoudre son problème et l’aider à assumer son refus du mariage forcé face à sa famille car même si sa famille lui a fait du mal, il reste très difficile de rompre le lien. Ce n’est qu’en dialoguant avec elle qu’on pourra l’aider à surmonter la rupture avec la famille.

4. Quelles sont les raisons qui poussent des familles installés en France depuis longtemps avec leurs enfants à agir ainsi avec leurs filles ?
Les familles marocaines en France agissent ainsi parce qu’elles ressentent un mal-être. Elles se raccrochent à une culture d’origine qu’elles ont peur de voir disparaître. Les populations immigrées restent figées sur une conception traditionnelle du mariage forcé alors que même dans le pays d’origine la législation évolue.
Il y a également la montée de l’extrémisme religieux avec des familles qui se font endoctrinées dans certaines mosquées de quartiers. Les associations en France doivent travailler sur la sensibilisation et l’encadrement de ces familles, notamment avec les mères en les rendant solidaires de leurs filles car c’est trop souvent elles qui initient les mariages.

Propos recueilli par Loraine CANAYER

Catégories : Société
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Interview de Ayyoub Ajmi, créateur du portail Selwane.com

décembre 16, 2007 · Pas de commentaire

Comment est né selwane.com et quel était votre but au moment de la création ?

J’ai créé selwane.com en Juin 2003. Il s’agit d’un portail sur la ville de Salé où j’essaie de raconter tout ce qui se passe dans la ville. J’ai monté ce projet parce qu’on manque d’informations sur la ville. On en parle que si il se passe des choses extraordinaires et que si il y a des problèmes. Mais le quotidien, les exploits des jeunes, la vie de tous les jours, on en parle rarement. Donc j’ai essayé de faire des couvertures d’évènements culturels (festivals), associatifs ou sportifs. Il y a eu beaucoup de visites sur le site. Il y a de plus en plus de demandes d’informations par des gens de Salé ou d’ailleurs. J’essaie de fournir de plus en plus d’informations, mais là je suis dépassé donc je commence à monter une équipe composée de jeunes de la ville. Nous travaillons en multimédia avec du texte, des photos et des vidéos. On a créé un site spécialisé pour la vidéo : selwane.tv. Nous ne sommes ni journalistes, ni une association, tout ce qu’on fait c’est refléter ce qui se passe sur notre ville.

Vous êtes sortis du champ socioculturelle à l’occasion de la campagne législative. En quoi votre traitement de la campagne a-t-il été particulier ?

Déjà sur selwane.tv nous ne travaillons qu’avec des vidéos exclusives. Pour les élections législatives marocaines nous avons essayé de donner la parole à tout le monde sans contraintes de temps. Nous avons contacté tous les partis politiques, les 36, mais 8 seulement nous ont répondus. Nous avons donné la parole à ceux qu’on n’entend pas trop à la télévision marocaine : les partis qui boycottaient les élections, des associations civiles travaillant sur la santé, les droits des femmes, la corruption, Amnesty International… Nous avons aussi laissé s’exprimer un groupe comme Al Adl Wa Al Ihssan qui est boycotté par les médias publiques . Nous avons enfin donné la parole aux jeunes car on dit à la télé que les jeunes ne participent pas et sont apolitiques mais nous, nous les avons laissés s’exprimer et s’expliquer.

Au vu de son succès, une chaîne comme selwane.tv semble indispensable au Maroc, comment l’expliquez vous ?

Il n’existe que deux chaînes d’information au Maroc et elles ne parlent pas de tout. En plus il s’agit de chaînes généralistes donc il n’y a qu’un quart d’heure d’informations toutes les deux heures. Nous, on essaie de faire de notre mieux et de parler de l’information qui se passe autour de nous. Nous sommes plus proches des gens et nous leur donnons la parole. Nous avons déjà été reçus par des gens chez eux en pyjama! Nous avons été accusé de tourner en caméra caché tellement les gens sont naturels sur nos vidéos! Parce que nous travaillons avec une petite caméra familiale, cela diminue le stress. Le message passe plus facilement qu’à la télé où les gens ont tendances à être formatés.

Quels sont vos soutiens et vos financements ?

Nous travaillons bénévolement, nous n’avons pas de soutien, pas de publicité. Tout est payé sur nos fonds propres. Notre objectif ce sont les visiteurs. Et on a de plus en plus de visiteurs qui sont contents et actifs. Certains nous proposent leur article ou des idées de reportage. D’autres nous critiquent et rectifient nos erreurs. Ce qui est important c’est que le nom selwane.com commence à être connu. Nous sommes passé d’un site culturel à un site d’information reconnu. Il y a beaucoup d’évènement que nous sommes les seuls à couvrir, nous avons donc beaucoup d’exclusivités. Clairement pendant la campagne certains journalistes s’inspiraient de nos reportages et les journaux reprenaient nos photos sans toujours nous demander l’autorisation. Mais cela ne nous dérange pas.

Avez vous déjà subi des pressions? Vous imposez vous des limites dans les sujets à traiter ?

Nous n’avons jamais subi de pression. Nous sommes plus libre dans le choix de nos sujets que les médias classiques. Nous décidons de notre propre ligne éditoriale et de nos propres lignes rouges à ne pas dépasser. Il ne faut pas offenser les gens, ne pas mentir. Nous n’avons pas besoin d’être un journaliste pour respecter cela. Cela faut partie de nous en tant qu’humain tout simplement. On dit des choses qui sont vraies, qui dérangent parfois mais nous n’avons jamais eu de retombées. C’est difficile de censurer internet. Nous sommes aussi libres de toute publicité et donc aucun annonceur ne peut nous faire de pression. Nous sommes libres.


Catégories : Médias
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Au seuil de la forteresse Europe

novembre 27, 2007 · Pas de commentaire

Tangergrille.JPG

Keep banging
Keep banging on the wall of Fortress Europe

Asian Dub Foundation - Fortress Europe

Des ombres se faufilent entre des containers, s’arrêtent, restent tapies plusieurs minutes à l’abri des projecteurs, puis repartent. Il est minuit sur le port de Tanger. Depuis la plate-forme qui surplombe les quais d’embarquement des ferry pour l’Espagne, nous assistons à un étrange manège. L’immigration illégale prend ici un visage très concret, celui des candidats qui tentent sans relâche de franchir les dernières barrières qui les séparent de l’Europe.

Pourtant, jusqu’au terminal de départ, les contrôles de police ne semblent pas très stricts. Nous avons franchi sans encombres les trois barrages établis dans l’enceinte du port, bien que notre présence à cette heure avancée soit plus que suspecte. Le dernier ferry a en effet levé l’ancre il y a plus d’une demi-heure et le prochain ne partira pas avant l’aube.

Les allées, éclairées comme en plein jour, sont presque vides. Quelques rares chauffeurs de camion somnolent dans leur véhicule ou sirotent un thé à la menthe dans les rares gargotes du port encore ouvertes à cette heure. Des Espagnols évidemment, mais aussi des Roumains, des Tchèques, des Grecs, des Bulgares… La terrasse où nous nous trouvons, séparée des quais par un petit fossé et une grille de plus de trois mètres, est le seul endroit où règne un semblant d’activité.

Une dizaine de jeunes hommes sont accoudés à la balustrade qui surplombe le fossé, attendant négligemment comme l’on peut attendre un spectacle. Ils ne parlent pas, ou peu. Parfois, deux ou trois d’entre eux se détachent du groupe et descendent de quelques mètres la pente faible de la terrasse. Ils s’arrêtent tous au même endroit, regardent en contrebas, repartent comme si de rien n’était.

Soudain, un des hommes s’élance par dessus la rambarde, et en un éclair il est passé par dessus la grille et s’est laissé tomber entre deux conteneurs du quai. C’est alors que l’on distingue la fine poutrelle métallique sur laquelle il a couru pour franchir le fossé. Et que l’on comprend tout l’intérêt stratégique du lieu. Ce soir-là, en une demi heure, nous avons vu cinq personnes franchir l’obstacle de la sorte.

Une fois sur le quai, impossible de savoir ce que deviennent les candidats à l’émigration illégale. Certains courent se cacher derrière un autre couvert, en attendant le moment propice pour s’embarquer. D’autres se terrent sous des camions, et tenteront de s’accrocher sous la carrosserie quand le véhicule redémarrera. Comment croire, pourtant, que les quelques agents du port et les policiers qui patrouillent sur le quai, ne voient rien, ne surveillent pas spécifiquement cette faille dans la muraille ?

« Les policiers, si tu ne payes pas ils voient, si tu payes ils ne voient pas » nous confie un des jeunes hommes présents. « J’ai beaucoup d’amis qui sont passés comme ça » ajoute-t-il, en pointant du doigt le passage qu’empruntent les émigrants. « Moi je n’essaie pas de passer, mais ça fait trois ans que j’accompagne des gens qui veulent passer. » Ainsi appartiendrait-t-il à un réseau de passeurs. Impossible d’en avoir la confirmation, mais nous en avons vite la conviction. En effet, nous n’avons guère le temps d’échanger plus de mots qu’un homme plus âgé, d’une quarantaine d’années, vient interrompre notre discussion en signifiant à notre interlocuteur d’aller un peu plus loin.

Nous ne nous éternisons pas sur le port, nous en avons déjà beaucoup vu. Rien de sensationnel, que des scènes apparemment ordinaires ici. Mais ce soir-là à Tanger, nous avons pu voir ce que l’on ne fait que fantasmer depuis l’Europe. Nous avons pu mettre des visages sur l’immigration illégale.

Louis Moulin

Catégories : Société
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« A Derb Omar, la méfiance règne ! »

novembre 15, 2007 · Pas de commentaire

A Derb Omar, petit quartier de Casablanca, le centre commercial est un peu particulier. Les gérants sont Chinois, les vendeurs Marocains. Dans cet espace restreint, le mélange des cultures ne va pas toujours de soi.

Du fond de sa petite boutique d’espadrilles, une commerçante chinoise mime un ordre à son employé marocain qui peine à en deviner le sens avant de s’exécuter maladroitement, aidé d’une tape amicale dans le dos par un compatriote. Pas encore de véritable Chinatown à Casablanca, mais un kissaria (en arabe, « centre commercial »), logé dans le quartier de Derb Omar, où des Chinois chaque année plus nombreux revendent à la population locale des marchandises bon marché importées d’Asie, employant des vendeurs marocains peu qualifiés. A l’intérieur de ce modeste supermarché divisé en nombreuses échoppes, Chinois et Marocains cohabitent sur une poignée de mètres carrés, dans un climat de gêne vite perceptible. La barrière de la langue limite les échanges, les premiers parlant très mal l’arabe, les seconds ne connaissant que quelques mots de mandarin. « Je comprends « dépêche-toi ! » en chinois », ironise Jamal, un jeune vendeur de 22 ans. « Et j’ai toujours un mémo au fond de ma poche pour prononcer les chiffres de 1 à 10. Sinon, on parle un arabe francisé qui ne veut pas dire grand-chose mais c’est suffisant pour faire du commerce ».

Jamal, rejoint dans l’allée centrale par ses collègues marocains curieux, affiche un optimisme de façade. Pourtant, les langues se délient rapidement dès lors qu’on évoque les relations avec leurs employeurs. « Ils sont très renfermés et ne font rien pour s’intégrer à la culture marocaine. En fait, ils ne se manifestent que s’ils ont quelque chose à gagner », lâche Jamal. Mohammed, le doyen, employé depuis l’ouverture du centre il y a cinq ans, se veut plus philosophe. « On n’a pas le choix ! Vous savez combien ils sont en Chine ? Ce mouvement n’est pas près de s’arrêter alors mieux vaut s’y habituer dès maintenant ! ». Plusieurs Chinois se sont attroupés et suivent des yeux suspicieux la conversation. « Ils pensent qu’on est en train de vous dire du mal d’eux : il vaut mieux s’arrêter là ! » prévient Jamal, qui tient pourtant à solliciter l’interview d’une jeune commerçante, Xiu Ai. « On l’appelle tous Sonia, c’est plus simple ! C’est la seule qui aime les Marocains et la cuisine locale. D’ailleurs, elle est très mal vue des autres Chinois à cause de cela ».

Xiu Ai, 30 ans, gère un commerce de bibelots dans le kissaria, depuis qu’elle a rencontré le propriétaire du centre, M. Lin, dans sa province du sud de la Chine il y a deux ans. Elle apprend le français et l’arabe en cours du soir, ce qui lui permet de communiquer aisément avec Aicha, l’une de ses jeunes employées, tout en gardant néanmoins ses distances. « Les Marocains ne savent pas bien travailler. Ils ne pensent qu’aux loisirs, aux voyages, à la qualité de vie. Nous, on est beaucoup plus actifs car nous avons l’amour du travail », confie-t-elle discrètement. Son activité professionnelle occupe entièrement le quotidien de Xiu Ai, qui a laissé famille et amis en Chine pour trouver une situation, seule, au Maroc. « La vie n’est pas facile ici, je ne connais presque personne. Je suis venue simplement parce qu’on me proposait un meilleur salaire qu’en Chine, qui fluctue cependant selon les recettes. C’est aussi un joli pays mais je n’ai pas encore eu le temps de le visiter ». Un couple de Marocains d’une cinquantaine d’années admire les vases colorés et les fleurs en plastique de la boutique. Aicha se lance dans la négociation des prix, affichés nulle part. Si le tarif à la vente reste suffisamment élevé, elle pourra obtenir de Xiu Ai un pourboire non négligeable pour compléter son salaire journalier de 50 dirhams (5 euros). « Même s’ils sont bizarres, les Chinois sont plutôt bons payeurs » concède-t-elle le dos tourné.

Quelques Chinois profitent d’un moment de calme pour jouer aux cartes, silencieusement attablés sous le portrait de Sa Majesté le roi du Maroc, Mohammed VI. Agacés par la présence d’un journaliste trop envahissant, les commerçants font signe à l’agent de sécurité d’évacuer le trouble-fête. Jamal sourit, s’approche et, mine de rien, glisse à l’oreille son numéro de téléphone et un petit mot. « Vous voyez, à Derb Omar, la méfiance règne ! ».

Baptiste Etchegaray

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