Le voyage des étudiants de l’école de journalisme de Sciences Po au Maroc

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« Faire appliquer la Moudawana dans les zones rurales ? Le combat commence seulement maintenant! »

janvier 17, 2008 · Pas de commentaire

Foulard islamique correctement noué sur la tête, Laïcha détourne le regard, probablement effrayée par tous ces yeux braqués sur elle. Qu’a-t-elle de particulier cette petite femme d’une cinquantaine d’année au visage ridée et aux mains abîmées par le travail de la terre pour susciter un tel intérêt? C’est probablement sa détermination lorsqu’elle prend la parole en « chleu », dialecte berbère de la région de Tidilli dans le Haut-Atlas pour raconter le combat des femmes du douar d’Agni Ouâazize. Dans cette salle d’un hôtel cossu de Casablanca, elle témoigne de la souffrance endurée par ces femmes qui ont eu l’audace de s’opposer à une décision du Président de la commune rurale. Alors que l’électricité s’installe  progressivement dans les douars de la région, ce puissant adoul (notable) local se jure que « son douar ne changerait pas tant qu’il serait en vie ». Est-ce une manière de se raccrocher au Maroc qui lui échappe ? Pour ces femmes qui travaillent toute la journée dans les champs et qui subissent les rudesses de la vie dans ces zones marginalisées où l’hôpital le plus proche est à 96 kilomètres, ce refus est une « injustice ». Soutenues par les hommes du village, les femmes se sont donc rassemblées pour protester devant la maison du Président de la commune. Obéissant aux ordres de ce dernier, les gendarmes les auraient alors frappés violemment pour les disperser. Epaulées par la Fondation YTTO qui lutte contre les violences faite aux femmes, Laïcha et les autres, sûres d’être dans leur droit, sont allés porter plainte à la préfecture de Ouarzazate. Les mois passent et rien n’avance. Pour Laïcha, c’est certain la corruption a marché à plein régime et « le  Président de la commune a tout le monde dans sa poche ». Les juges et les acteurs institutionnels semblent en effet sourds aux appels des femmes d’Agni Ouâazize. A croire que leurs droits à elles n’existent pas.
Cette situation Najat Ikhich, présidente de la Fondation YTTO, ne peut l’accepter. Touchée par la souffrance de ces femmes rencontrées à l’occasion de la deuxième édition de la caravane de l’Atlas qui a pour but la sensibilisation des populations rurales au droit des femmes, elle s’est empressée de lancer un appel pour que d’autres associations et « surtout la presse française en internationale » fassent pression sur gouvernement. « La situation des femmes d’Agni Ouâazize témoigne de la  résistance des mentalités marocaines face à l’émancipation de la femme. La réforme du code de la famille en 2004 a fait avancer les choses, mais aujourd’hui les droits des femmes sont encore bafoués » estime Najat Ikhich. Alors, à qui la faute ? Si le « conservatisme des juges » et « la corruption des adouls » sont souvent évoqués par les acteurs associatifs, ce sont avant tout les mentalités d’une société patriarcale qui doivent évoluer. En dépit des nombreux cas qui, comme celui des femmes d’Agni Ouâazize, resteront peut-être lettre morte, Najat Ikhich a choisi d’y croire. « Il faut continuer les efforts », affirme la militante déterminée. « Ce n’est que maintenant que nous avons les moyens juridiques de lutter contre les discriminations que nous pouvons vraiment démarrer le combat ! ».

Loraine CANAYER

Catégories : Politique · Société
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