Internet et journalisme citoyen au Maroc

Thibault et Olivier ont réalisé un reportage sur l’émergence d’un journalisme citoyen sur internet. Alors que
le nombre de marocains connecté augmente très rapidement et que de plus en plus
de jeunes se pressent dans les cafés internet, ils ont voulu découvrir le visage de cette nouvelle liberté d’expression des marocains. Ils se sont rendus dans les locaux de Selwane TV, une petite télévision sur internet de la ville de Salé, et à Casablanca, ils ont rencontré l’un des premiers bloggers,

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Des photos et des souvenirs

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Leila Akhmisse, de Zakoura Microcrédit à Casablanca

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Radia devant sa petite entreprise de couture.

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Aïcha et son mari à Madinati, des logements sociaux

L’Enfance de l’art

Faire vivre des villes où il ne se passe jamais rien. Donner à des enfants le goût et les moyens de l’expression. Telle est la double ambition du projet initié cette année par l’ambassade de France et le ministère de la culture marocain. Mahi Binebine, le peintre marocain dont la côte s’envole, a ainsi sillonné le Maroc en compagnie de l’écrivain camerounaise Véronique Tadjo, proposant dans plusieurs villes des ateliers d’écriture et de peinture à une cinquantaine d’enfants. Forte de son succès, l’aventure se prolonge aujourd’hui avec les écrivains Hmoudan et N’sondé.

Anne-Laure Buffard.

Tanger, capitale du livre

En février, les salons du livre se suivent mais ne se ressemblent pas au Maroc. Quand Casablanca « l’économique » incarne la dimension résolument commerciale du salon, Tanger « la littéraire » veut en faire davantage : un lieu dédié aux rencontres et au plaisir des idées. Une expérience plutôt nouvelle pour le public marocain, même si l’aventure née en 1997 dans la cour de l’Institut français du Nord gagne chaque année en popularité.
A cet égard, l’édition 2008 voit grand. Nouveau cadre d’abord : le beau palais Moulay Hafid, réouvert au public après dix ans de rénovation. Nouveau visage ensuite, celui de son nouveau commissaire Omar Berrada, jeune marocain installé en France et touche-à-tout surdoué, polytechnicien reconverti dans la traduction et la critique. L’arrivée de ce personnage insaisissable à la tête du salon illustre l’émergence d’une nouvelle génération d’intellectuels marocains talentueuse et décomplexée.
C’est à lui que l’on doit le thème des « identités fugitives », emprunté pour l’occasion à l’écrivain marocain Abdelfattah Kilito. A la fois littéraire et politique, il sera, du 27 février au 2 mars, au coeur des conférences et des débats qui rassembleront notamment l’historien Cheddadi Abdesselam, l’islamologue Rachid Benzine ou l’écrivain Larbi El-Harti sur des sujets tels que « les langues de la littérature marocaine » ou « écriture et immigration ». La programmation nocturne est tout aussi ambitieuse avec vernissage, concert, représentation et lecture de poésie.
Un événement culturel et festif donc, où l’identité marocaine se conjugue au pluriel pour rappeler que, à l’instar de l’interprétation littéraire, elle ne saurait être figée ou définitive, mais sans cesse à réinventer.

Anne-Laure Buffard pour l’Express

Moudawana

Assise sur une table du centre Annajda (Au secours), Zahra Ouardi, secrétaire générale de la section Casablanca de l’Union pour l’action féminine (UAF), passe en revue les améliorations apportées en 2004 par la révision du Code de la famille. Les femmes peuvent divorcer, l’âge légal du mariage pour les filles est passé à 18 ans, la polygamie est devenue quasi impossible… En théorie, des changements d’une réelle portée. En pratique cependant, les femmes qui demandent le divorce doivent suivre un véritable parcours du combattant. « Et même quand le tribunal rend le jugement, il est difficile de le faire appliquer ».
Elles sont, du coup, nombreuses à faire appel à des associations telles que l’UAF. Aujourd’hui, les centres Annadja reçoivent 30 à 35 femmes par jour, contre 10 à 20 il y a quatre ans, avant la réforme du code. Sur place, des bénévoles accueillent, soignent, conseillent et forment. Elles assistent les femmes dans toutes leurs démarches et les préparent aussi à une vie après le divorce, en leur enseignant la couture, la coiffure, voire l’informatique.
« C’est grâce à la société civile que la moudawana (Code de la famille) a été réformée et aujourd’hui, elle veille à son application » dit Fatima El Maghnaoui, vice-présidente de l’UAF. Car pour que les femmes puissent faire respecter leurs droits, encore faut-il qu’elles les connaissent et qu’elles les comprennent. Alors l’UAF donne des cours d’alphabétisation et d’information juridique, en même temps qu’elle organise des campagnes de sensibilisation dans les écoles. Elle se dit étonnée des réactions des élèves, pour la plupart défavorables à la moudawana. « Les intégristes, déplore-t-elle, ont labouré le terrain dans les écoles et les écoles. Or celles-ci sont un outil primordial de sensibilisation. »
Au lendemain du vote de la nouvelle loi, Zahra Ouardi avait été choisie pour faire partie d’une délégation du ministère de l’Education nationale, chargée de mener une campagne d’explication dans les établissements scolaires. Le programme comprenait des visites aux écoles, des réunions avec les élèves, la distribution de circulaires. Elle se souvient encore d’une discussion houleuse qu’elle avait eue avec le directeur de cette délégation. « Que de moyens déployés uniquement pour parler des droits des femmes et des enfants, c’est  exagéré! » avait-il lancé, en refusant de distribuer les documents pourtant fournis par son administration.
Analphabétisme, intégrisme, pauvreté, autant de freins à l’application de la loi. « Les droits de la femme ou de l’enfant n’intéressent guère les gens pauvres. Eux sont dans des situations d’urgence, ils ont d’abord besoin de manger », explique Zahra Ouardi. Dans la pratique, la pauvreté empêche parfois les ex-maris de payer une pension à leur ex-femme. « Ils préfèrent aller en prison que de payer. Il faudrait que l’Etat crée une pension pour ces femmes car qui dit pauvreté dit situations précaires et enfants des rues; c’est un cercle vicieux ».
La prochaine étape pour l’association? « Nous allons continuer d’agir pour faire appliquer la nouvelle moudawana », affirme Fatima El Maghnaoui. « Il faut déjà parvenir à changer les mentalités sur tous ces points avant de pouvoir penser aborder les problèmes les plus délicats comme l’héritage. »

Cécile Dehesdin pour l’Express

Textile marocain, what else ?

« Au 1er janvier 2008, l’Union Européenne a définitivement mis fin à ses quotas d’importation de textile chinois. Signe d’un nouveau choc pour ce secteur au Maroc après celui de 2005 ? L’offre avait alors été ré-orientée sur des produits de niche exempts de la concurrence des économies émergentes. Aujourd’hui, les industriels du textile marocains assurent être préparés. Ils affirment être plus réactifs et pouvoir produire davantage et en plus petite quantité. Autre chance du royaume: sa proximité avec les commanditaires européens. Des atouts que Rabat espère assez convaincants pour amener certaines enseignes à imiter Zara qui a transféré toutes ses unités de production au Maroc.  »

Publié dans l‘Express

Quelle stratégie pour la Royal Air Maroc ?

Avec ses 1200 vols hebdomadaires, la Royal Air Maroc (RAM) reste un acteur important du transport aérien. Pour se développer, elle compte sur deux axes : l’Afrique et le low-cost vers l’Europe. Mais, alors qu’elle est confrontée à une concurrence accrue sur le marché européen, son monopole vers l’Afrique de l’Ouest est remis en question depuis peu.

Surprise le 30 octobre 2007 : après sept ans de gestion d’Air Sénégal International (ASI), la Royal Air Maroc (RAM) perd le contrôle de sa filiale. À l’occasion de la recapitalisation d’ASI, le gouvernement sénégalais a en effet décidé de reprendre le contrôle du capital d’une entreprise devenue très rentable après avoir été au seuil de la faillite. Si cette affaire est anecdotique pour le chiffre d’affaires de la RAM, elle affecte un des deux axes de développement de la compagnie marocaine. La compagnie aérienne du royaume comptait en effet faire d’Air Sénégal International le pilier de son expansion en Afrique de l’Ouest.
C’est dans ce cadre que la RAM avait aussi tenté des rapprochements plus ou moins fructueux avec d’autres compagnies nationales africaines comme Air Mauritanie ou Air Gabon. Après la crise du 30 octobre, c’est une partie de cette stratégie qui pourrait être remise en cause. Driss Benhima, le Directeur Général de la RAM, assure pourtant « que l’Afrique reste au cœur de la stratégie de la compagnie». Pour preuve, l’accord de services aériens signé fin novembre 2007 entre la RAM et Air Madagascar.
Tous ces partenariats ont un objectif : faire de l’aéroport Mohammed V de Casablanca le hub de tout le continent. «Nous voulons porter la part de notre trafic international qui transite via Casablanca à plus de 40% d’ici à fin 2008 contre 5% en 2001», affirme Driss Benhima. Les voyageurs transportés par ASI devaient ainsi souvent faire escale à Casablanca lorsqu’ils étaient en partance pour l’Amérique du Nord.
Pour autant, la RAM ne délaisse pas l’Europe qui génère une grande part de son chiffre d’affaires. Et dans cette zone, son développement passe par un mot, le low-cost, et la création d’une filiale Atlas Blue pour tenter de concurrencer les compagnies européennes. «Atlas Blue a aujourd’hui une part de marché qui dépasse les 30% du trafic touristique vers le Maroc», souligne Driss Benhima. Initialement, la compagnie a pourtant été lancée en ponctionnant la flotte de la maison mère. Ce qui avait «affaibli la RAM en lui faisant directement concurrence», tempère Bachir Thiam, journaliste spécialiste du dossier à l’Économiste.
Aujourd’hui, c’est bien le low cost qui peut lui permettre de faire face à la concurrence générée par l’accord ciel ouvert conclu entre le Maroc et l’Union Européenne. Depuis son entrée en vigueur en 2005, quinze nouvelles compagnies européennes se posent régulièrement au Maroc. Easyjet, Ryanair et surtout Jet4you, au capital germano-marocain visent, grâce à leur politique de prix cassés, à augmenter leurs parts de marché… tout comme Atlas Blue. La compagnie continue donc à investir pour tenter de rester concurrentielle: 10 avions de nouvelle génération ont été commandés à Boeing. La livraison est prévue pour 2012. La flotte d’Atlas Blue passera alors à 24 appareils.
Malgré ses incertitudes sur sa stratégie de développement, la Royal Air Maroc reste une affaire profitable surtout en raison de sa situation de quasi-monopole dans le ciel marocain. Avec 43 avions, elle est pourtant une compagnie de taille moyenne face aux géants européens. Pourra-t-elle dès lors échapper longtemps aux regroupements qui ont lieu sur le vieux continent ? Pour l’heure, Driss Benhima se veut confiant et évoque « des partages de code avec de nombreuses compagnies européennes». Toute la question est de savoir si cela sera suffisant.

Jean-Baptiste Chastand et Sujatha Samy-Randy